Chers producteurs et productrices de lait, chers sympathisants,

Plusieurs États membres ont évoqué la détérioration de la situation sur le marché laitier lors du Conseil Agriculture et Pêche du 27 avril. La Belgique et la Slovaquie avec le soutien de la Bulgarie, la Hongrie, l’Italie, la Lituanie et la Slovénie ont attiré l’attention sur le déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de lait et ont sommé la Commission européenne d’étudier des mesures de crise européennes, y compris un programme de réduction volontaire et temporaire de la production de lait.

Cela démontre que les préoccupations ne se limitent plus à des pays individuels ou associations nationales. À travers l’Europe, des éleveurs laitiers alertent sur le fait que les évolutions actuelles sur le marché placent les producteurs et productrices dans une position de plus en plus intenable. En Irlande par exemple, l’ICMSA a officiellement exhorté le gouvernement irlandais à soutenir un programme de réduction volontaire des volumes à l’échelle de l’UE. Une pression similaire doit maintenant être exercée dans tous les États membres, car il s’agit d’un problème sur le marché européen qui requiert une réponse européenne.

Les éléments essentiels dudit programme sont évidents et son efficacité réside dans sa simplicité : l’UE proposerait une compensation par litre de lait aux producteur·rice·s qui réduisent volontairement leur production durant une période définie. Cela enverrait un signal clair que les volumes livrés sont ajustés, contribuerait à rééquilibrer l’offre et la demande et inciterait les acheteurs à se tourner à nouveau vers le marché.

Par conséquent, la question pour les éleveurs laitiers à travers l’Europe est claire : comment convainquons-nous la Commission et les gouvernements nationaux qu’il s’agit d’un de ces moments où le marché ne se rétablira pas simplement tout seul à temps ? Même si un retour progressif à l’équilibre devait finalement intervenir, de nombreuses fermes n’ont pas le temps d’attendre cette éventualité. Dans bon nombre d’États membres, les prix du lait se situent toujours en dessous des coûts de production tandis que les coûts des intrants, en particulier le carburant et les engrais, continuent de peser lourdement sur les fermes. Il ne s’agit plus d’une phase déficitaire temporaire. Pour de nombreux·ses producteurs et productrices, les mois du pic de lactation constituent précisément les mois durant lesquels une part disproportionnée du revenu annuel devrait être gagnée. Au lieu de cela, un nombre trop élevé de producteur·rice·s travaillent dur uniquement pour perdre de l’argent ou au mieux couvrir leurs frais.

Il s’agit là de la réalité en Irlande, mais également dans de nombreux pays européens. Dans certains marchés, un redressement marginal et timide des prix a pu être observé, mais ils demeurent nettement en-deçà du prix requis pour assurer une marge durable. Sans action pour rééquilibrer le marché laitier, de nombreux·ses producteurs et productrices resteront coincé·e·s dans une situation où le prix du marché ne reflète pas le coût réel de la production de lait.

Un programme de réduction volontaire de la production constitue un instrument qui a fait ses preuves et démontré qu’il peut répondre à la surproduction sans dépendre du stockage et sans créer d’excédent qui menacerait la reprise du marché par la suite. Le programme de réduction volontaire de la production mis en place en 2016 a prouvé son efficacité. En envoyant le signal d’une réduction des volumes, cela a encouragé les acheteurs à conclure des contrats à terme et a contribué à une reprise des prix du lait et par conséquent à la stabilisation de la production primaire.

À l’heure où le secteur agroalimentaire est confronté à de nombreux défis sérieux et complexes, les responsables politiques devraient au moins agir là où des instruments reconnus existent déjà. Le marché laitier a urgemment besoin d’équilibre et les producteurs et productrices de lait de prix qui couvrent leurs coûts de production. Un programme de réduction volontaire de la production constituerait un pas pratique, modeste et efficace dans cette direction. Les gouvernements nationaux et la Commission européenne devraient désormais afficher leur volonté politique d’y recourir.

Profitez de la suite de ce bulletin qui rassemble un large éventail de contributions de collègues de toute l’Europe : le Bundesverband Deutscher Milchviehhalter (BDM) rend compte de son action devant la Chancellerie fédérale où un tas symbolique de débris a illustré les dommages causés par des années d’inaction politique. L’Arbeitsgemeinschaft bäuerliche Landwirtschaft (AbL) et le MEG Milch Board critiquent l’approbation de la fusion entre Arla et DMK. Le LDM présente son nouveau président, tandis que BIG-M se penche sur la détérioration de la crise laitière en Suisse et la nécessité pour les producteurs de définir leur propre approche de gestion des volumes. FAIRMËLLECH démontre comment une marque détenue par les agriculteurs et agricultrices au Luxembourg continue de soutenir des prix équitables et rémunérateurs. L’Irish Creamery Milk Suppliers’ Association (ICMSA) avance que la Politique agricole commune (PAC) doit revenir à son objectif initial de soutien des agriculteurs et agricultrices en activité dans la production de denrées alimentaires et Fairebel présente un nouveau produit délicieux. Nous terminons par quelques communiqués de presse récents de l’EMB qui critiquent entre autres l’approbation inconditionnelle de la fusion entre Arla et DMK et revendiquent davantage de transparence et de droits pour les producteurs dans les coopératives, se penchent sur les échecs politiques derrière la dévaluation du lait et du travail des agriculteurs et adressent un appel aux États membres de soutenir le programme de réduction volontaire de la production avant un nouvel effondrement des prix déclenché par des volumes de lait record. 

Nous espérons que vous apprécierez lire ces différentes contributions et points de vue de notre réseau.

 

Denis Drennan, membre du Conseil d’administration de l’EMB et président d’ICMSA

Appel de l’EMB à tous les États membres : Agissez dès maintenant et soutenez le programme de réduction volontaire !

© EMB

Des volumes de lait record poussent l’Europe vers un nouvel effondrement des prix et l’European Milk Board (EMB) tire la sonnette d’alarme : l’évolution du marché laitier européen et mondial a atteint un nouveau niveau d’escalade. Les volumes mondiaux de lait ont très fortement augmenté – et continuent de croître. Une telle hausse dépasse largement les fluctuations normales du marché et conduit directement le secteur vers une nouvelle crise majeure. « Nous observons actuellement des évolutions que nous n’avons encore jamais connues sous cette forme. Les signaux sont clairs : si aucune action n’est prise maintenant, nous nous dirigeons droit vers un effondrement des prix du lait », avertit Kjartan Poulsen, président de l’EMB.

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BDM : Les pots cassés de l’inactivité politique

© BDM

Le 10 juin, le Bundesverband Deutscher Milchviehhalter e. V. (BDM) a attiré l’attention sur la crise persistante sur le marché laitier et les conséquences d’années d’échecs politiques devant la Chancellerie fédérale en y formant un tas de pots cassés. Lors de l’action symbolique, de la porcelaine a été cassée pour former un tas de débris. Chaque bris individuel a représenté les pertes de valeur ajoutée pour les exploitations laitières dans un Land allemand engendrées par des crises de marché récurrentes. Cette action a ainsi illustré les conséquences des pertes économiques causées par la crise laitière dans les régions allemandes.

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Suisse : La crise laitière s’aggrave

© BIG-M

Le désengorgement actuel du marché laitier suisse ne doit pas dissimuler le fait que la crise structurelle n’est toujours pas résolue. Du point de vue de BIG-M, les producteurs et productrices de lait doivent désormais revendiquer et décider eux-mêmes d’une gestion des volumes claire vu que les laiteries et la distribution vivent bien la situation excédentaire.

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L’EMB fête ses 20 ans : une voix forte des producteurs laitiers en Europe

© EMB

Cette année, l’European Milk Board (EMB) fête son 20e anniversaire. Lors de l’assemblée générale organisée en Italie, des producteurs laitiers de nombreux pays européens se réunissent pour revenir ensemble sur deux décennies d’engagement en faveur de conditions équitables dans le secteur laitier. Depuis sa création, l’EMB s’est imposé comme une voix indépendante et forte des producteurs laitiers en Europe. Ce qui a commencé il y a 20 ans comme une initiative courageuse d’agriculteurs laitiers est devenu aujourd’hui une force politique importante au niveau européen. « Les 20 ans de l’EMB montrent que les producteurs peuvent faire bouger les choses lorsqu’ils agissent ensemble. De nombreux sujets importants débattus aujourd’hui au niveau européen n’auraient jamais autant avancé sans la pression et le travail de l’EMB », explique le président de l’EMB, Kjartan Poulsen.

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FAIRMËLLECH – Entre les mains des producteurs laitiers luxembourgeois

© FAIRMËLLECH

FAIRMËLLECH est une marque née d’un mouvement de protestation contre la faiblesse persistante des prix du lait. À la suite des grèves du lait, des producteurs laitiers luxembourgeois se sont réunis pour créer, en 2011, une coopérative ayant pour objectif de garantir à ses membres un prix du lait juste et couvrant leurs coûts de production. Aujourd’hui, 15 ans plus tard, la marque est portée par une soixantaine d’exploitations laitières luxembourgeoises. La responsabilité de la coopérative et de la marque reste entre les mains des producteurs laitiers eux-mêmes.

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Fairebel lance un boudin blanc à base de Lait équitable

© Fairebel

La coopérative Faircoop, qui commercialise ses produits sous la marque Fairebel, lance un boudin blanc à base de Lait équitable en collaboration avec Les Salaisons de Malmedy. Ce produit local et innovant associe savoir-faire artisanal, ancrage belge et rémunération plus juste des producteurs laitiers.

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Retour aux valeurs fondamentales : pourquoi l’Europe a besoin d’une PAC qui fonctionne pour les agriculteurs et agricultrices

© ICMSA

L’Irish Creamery Milk Suppliers’ Association (ICMSA) avance que la Politique agricole commune (PAC) s’est éloignée de son objectif initial : soutenir les agriculteurs producteurs de denrées alimentaires afin de maintenir un flux d’aliments abordables et de haute qualité pour les consommateur·trice·s européen·ne·s. Au lieu de tenter d’intégrer tant la politique de sécurité alimentaire que la politique environnementale dans la PAC, l’ICMSA plaide en faveur d’une PAC qui apporte à nouveau un soutien direct et explicite aux agriculteurs actifs. Les objectifs écologiques devraient eux être financés séparément via une Politique environnementale commune.

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Journée mondiale du lait 2026 : les producteurs laitiers rendent visible l’échec politique sur le marché du lait

© BDM

Par une action de protestation provocatrice organisée juste avant la Journée mondiale du lait (1er juin), les producteurs laitiers du Bundesverband Deutscher Milchviehhalter (BDM) et de l’European Milk Board (EMB) rendent visible ce qui, selon eux, est occulté depuis des années par les milieux politiques : la dévalorisation systématique du travail des agriculteurs et agricultrices et des performances de leurs animaux.

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Contractualisation en France : il y a aussi du bon !

© APLI, Adrien Lefèvre

Tous les contrats ne se valent pas, mais ceux qui garantissent un prix couvrant réellement les coûts de production, avec des clauses de révision et une visibilité sur les volumes et la durée, peuvent renforcer la position des producteurs. Les limites de la loi EGAlim en France montrent toutefois que la contractualisation reste imparfaite : les formules complexes, les coûts sous-évalués et les écarts croissants entre producteurs exigent une grande vigilance.

Les trois règles pour qu’un contrat puisse être durable et gagnant pour les producteurs et productrices sont simples :

  • un contrat qui a un prix qui couvre les coûts de production à 100 % en y incluant des revenus décents et des marges ;

  • un contrat avec des clauses de révision de prix (idéalement au moins tous les trimestres avec des indicateurs d’évolution de l’ensemble des charges) ;

  • un contrat sur une durée et un volume pour pouvoir y voir clair dans le temps. 

Pourquoi EGAlim n’a pas pleinement fonctionné :

  1. L’obligation de couvrir les coûts de production ne s’applique que pour le marché intérieur, donc beaucoup d’industriels ont seulement 30 % du volume qui est concerné... C’est effectivement loin des promesses annoncées. 

  2. Les clauses de révision ne sont pas toujours présentes et quand elles le sont, elles ne représentent que 60 % des charges (avec notamment la prise en compte de l’évolution des prix du carburant, de l’électricité et des engrais). Mais il manque dans les 40 % restants certains gros éléments comme la hausse du prix du matériel (environ +6,5 % par an) et de la main-d’œuvre extérieure (environ +4,5 % par an).

  3. Aucune marge de précaution n’a été prise en compte, ne serait-ce que pour la sécurité économique ou climatique. Ici un simple pourcentage à appliquer sur le coût de production serait facile à mettre en place.

  4. Le calcul des coûts de production a été négocié à la baisse, notamment sur le revenu des agriculteurs et agricultrices (aujourd’hui 13 € brut par heure de travail sont pris en compte dans les coûts de production EGAlim, ce qui est bien loin des 30 € par heure qu’on revendique pour les chefs d’entreprise que nous sommes) ainsi que sur la soustraction des aides de la PAC du coût de production. Nous militons pour ne soustraire que les aides couplées à l’élevage, quand EGAlim déduit tout, y compris les aides environnementales, qui elles couvrent de meilleures pratiques sur les fermes.

Toutefois, on observe en France de grandes différences de prix entre certaines laiteries, notamment celles qui transforment des produits destinés au marché intérieur, quand les marchés extérieurs sont, eux, en chute libre.

FNPL : Prix de base hors primes en juin 2026

FNPL : Classement des laiteries pour 2025

Les laiteries en haut du podium sont celles qui ont une bonne prise en compte d’EGAlim dans le contrat. 

Mon exemple personnel avec Nestlé est lui aussi assez bon, sans être parfait pour autant. Étant dans un contrat 100 % EGAlim, avec révisions des prix (indicateur Ipampa) notamment sur les carburants et les engrais, mon prix du lait est de 480,85 € par 1 000 litres au deuxième et troisième trimestre (hors saisonnalité et primes de qualité) pour un prix de base à 38/32. Avec la revalorisation de l’Ipampa, nous devrions pouvoir prétendre à toucher 500 € par 1 000 litres à l’automne pour les contrats 100 % EGAlim.

On retrouve également de bons contrats concernant la viande aujourd’hui en France avec la possibilité de fixer un prix minimum d’achat à 5,60 € par kg sans prix maximum. Le prix payé peut donc monter, mais pas descendre. 

Avoir une vision à long terme pour des jeunes comme pour la réalisation d’investissements est quand même beaucoup plus sécurisant pour voir l’avenir plus sereinement.

En conclusion, il y a de bons et mauvais contrats : à nous de nous servir des bons pour faire monter les prix payés aux producteurs. Il faut également être très vigilant lors de la rédaction d’un contrat, car les industriels ont des services juridiques bien supérieurs aux nôtres. Il faut donc que ça soit simple et efficace pour les producteurs. Les formules de prix complexes ne sont jamais au profit des producteurs et productrices. 

L’inconvénient est aussi que ça creuse les écarts entre producteurs. On est de moins en moins payés au même prix, au même moment, ce qui complexifie la possibilité de mobilisation générale en cas de grosses manifestations. 

Par ailleurs, la loi EGAlim nous protège peut-être en cas de marchés laitiers baissiers, mais a contrario, elle nous plafonne en cas de hausse comme cela a été le cas en 2024/2025. De ce point de vue-là, c’est encore loin d’être parfait. 

 

Adrien Lefèvre, porte-parole de l’APLI en France

L’European Milk Board critique l’approbation inconditionnelle par l’UE de la fusion entre Arla Foods et DMK

© Pixabay: Wolkenkrieger

L’EMB critique l’approbation par l’Union européenne de la fusion entre Arla Foods et le groupe DMK sans conditions contraignantes pour la nouvelle structure coopérative. Cette fusion crée l’un des plus grands groupes laitiers d’Europe et renforce, selon l’EMB, une évolution préoccupante dans le secteur coopératif européen : des structures toujours plus grandes et plus opaques, dans lesquelles l’influence des producteurs de lait s’amenuise. C'est pourquoi les producteurs demandent des conditions claires pour les fusions de coopératives et un renforcement de leurs droits.

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Fusion entre Arla et DMK : les intérêts des producteurs ignorés

© AbL

Les organisations paysannes sont outrées : l’autorité de contrôle de l’UE a approuvé sans réserve la fusion entre Arla et DMK et laissé ainsi la voie libre vers la plus grande laiterie coopérative européenne. L’AbL et le MEG Milch Board critiquent que les intérêts des agriculteurs et agricultrices ont été ignorés et revendiquent désormais une observation et évaluation précises des conséquences pour les producteurs et productrices de lait.

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Un jeune éleveur laitier visionnaire devient le nouveau président de l’organisation danoise LDM

© LDM

Jørgen Schmidt, âgé de 37 ans, succède à Kjartan Poulsen au poste de président du LDM. Il représente la troisième génération sur la ferme familiale située près de Branderup dans le Jutland du Sud et se concentre sur l’élevage des 245 vaches Holstein de la ferme ainsi que les 135 hectares semés en trèfle et en maïs. Il a une femme et trois jeunes enfants. La gestion quotidienne de la ferme revêt une grande importance à ses yeux et constituera toujours une majeure partie de son quotidien.
Pour le LDM, le combat en faveur d’une production laitière danoise stable et rentable constitue toujours le cheval de bataille de l’organisation.

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