Monsieur le Président
Jean-Claude Juncker
Commission européenne
Rue de la Loi 200
B-1049 Bruxelles
Bruxelles, le 23 novembre 2015
Le marché laitier s’effondre et le Commissaire Hogan ne bouge pas !
Monsieur le Président,
La situation dans les exploitations laitières s'aggrave de jour en jour. Depuis des mois, dans de nombreux pays, le prix du lait payé aux producteurs ne se situe plus qu'entre 25 et 30 centimes par kg, tandis qu'il est avéré que les coûts de production s'élèvent à au moins 40 centimes. Les premières exploitations ont déjà déposé le bilan. D'autres ne peuvent maintenir la production qu'à l'aide de crédits supplémentaires de dizaines ou centaines de milliers d’euros. La raison de cette évolution dramatique est le déséquilibre entre l'offre et la demande sur le marché laitier.
Malgré tout, lors du dernier Conseil des ministres de l'agriculture, le commissaire Hogan a à nouveau parlé d'une stabilisation du marché du lait.[1] Il ne s'agit là que d'une déclaration parmi toute une série de remarques qui nous font douter du fait que Phil Hogan ait rééllement la volonté et soit vraiment en mesure de trouver une solution.
En janvier, le commissaire niait encore complètement l'existence d'une crise dans le secteur laitier[2]. Fin septembre, il a déclaré dans une entrevue télévisée avec ViEUws qu'il était mensonger de dire que le prix du lait ne couvrait pas les coûts de production :
« Je ne pense pas que beaucoup d'agriculteurs produisent pour des prix en deçà des coûts de production. Ils disent qu'ils le font, mais en fin de compte ils continuent à produire. » [3]
De telles déclarations ne correspondent pas à la réalité du marché et témoignent du manque de compétences du commissaire dans le domaine de l'agriculture. En effet, le Commissaire Hogan dispose de plusieurs études scientifiques qui démontrent que d'une manière générale, le prix du lait payé aux producteurs ne couvre pas leurs coûts de production.[4]
Malgré tout, la plupart des exploitations laitières n’ont d’autre choix que de maintenir la production coûte que coûte. Le lait ne peut pas être comparé à un simple produit industriel qu'on arrête de produire un jour pour en reprendre la production le lendemain.
La responsabilité du commissaire est, selon l'article 39 du Traité sur le fonctionnement de l'UE, d'assurer un niveau de vie équitable à la population agricole. Seul grâce à un revenu raisonnable, la vitalité du secteur agricole dans de nombreuses régions peut être assurée, avec tous ses effets positifs sur le développement régional des zones concernées.
La tendance négative actuelle est dangereuse pour l'agriculture dans l'UE. Ce qui est détruit ne pourra pas être rétabli. L'interaction entre les acteurs du marché laitier doit se caractériser par le fair-play, la responsabilité et un regard ouvert sur l'évolution réelle du marché. C'est pour cela que le commissaire à l'agriculture doit faire preuve de discernement et de doigté, qualités que Monsieur Hogan ne possède malheureusement pas.
Phil Hogan n'a pas de solution et ne veut pas de solution ! Cependant, il a amplement fait preuve de son incompétence professionnelle et de son mépris pour les agriculteurs. C'est pour cela qu'en tant que représentants des pruducteurs de lait européens, nous vous appelons à agir :
Monsieur le Président, démettez de ses fonctions ce commissaire incapable !
Par ailleurs, la volatilité des prix de ces dernières années l’a bien démontré : des aides financières à court terme de changent rien au problème de fond ! Pour cette raison, nous vous incitons à vous pencher sérieusement sur l'outil de gestion de crise proposé par l'EMB et d'autres organisations, outil qui porte sur une réduction volontaire des volumes.[5]
Nous vous prions de bien vouloir nous rencontrer bientôt, afin de discuter ensemble des solutions proposées. Si vous le souhaitez, des gérants de grandes exploitations pourront participer à cet échange afin de vous rendre compte de leur situation.
Vu l'urgence et le caractère dramatique de la situation, nous vous demandons de bien vouloir nous répondre d'ici le 4 décembre 2015.
Avec mes salutations les meilleures,
Romuald Schaber, président de l'EMB
[1] http://www.eu2015lu.eu/de/actualites/articles-actualite/2015/11/16-conseil-agri/index.html
[2]http://www.nfuonline.com/sectors/dairy/phil-hogan-says-dairy-sector-not-in-crisis/
[3]http://www.vieuws.eu/food-agriculture/eu-farmers-resilient-despite-crisis-says-commissioner-hogan/
[4] Des études existent pour l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique et l’Italie. Elles sont disponibles à la page suivante : http://www.europeanmilkboard.org/special-content/milk-production-costs.html
[5] Pour des informations plus détaillées sur le Programme de responsabilisation face au marché (PRM) de l’European Milk Board, voir :http://www.europeanmilkboard.org/de/special-content

